top of page

Non, vous n’avez pas à pardonner pour guérir - il est temps d'arrêter cette injonction au pardon

il y a 9 minutes
4 min de lecture


Le pardon est devenu, dans certains discours thérapeutiques et dans le développement personnel, une sorte de passage obligé vers la guérison. Il faut bien comprendre que cette injonction n'a rien de clinique et est beaucoup trop simpliste


Comme s’il fallait, pour aller mieux après un traumatisme, parvenir à pardonner à celui ou celle qui nous a fait du mal.


Il est temps de remettre un peu de clarté dans cette idée.

Non, le pardon n’est pas une obligation thérapeutique.


Une personne victime d’attouchements, d’inceste, de violences sexuelles, de maltraitance ou de violences graves n’a pas à pardonner pour se reconstruire.


Guérir ne signifie pas pardonner


Une blessure psychique peut être comprise, élaborée, progressivement intégrée à une histoire de vie et devenir moins douloureuse.


Une personne peut retrouver de la sécurité, de l’estime d’elle-même, de la liberté, du plaisir et une vie pleinement investie.

Elle peut parvenir à ne plus être envahie par son passé.


Tout cela est possible sans pardonner à l’auteur des violences.


Le travail thérapeutique n'a pas pour objectif de conduire systématiquement la victime jusqu'au pardon. Il vise avant tout à lui permettre de retrouver une liberté psychique et une capacité à vivre sans que le traumatisme continue à déterminer son existence.


Que signifie réellement " pardonner " ?


Le mot mérite d'ailleurs d'être interrogé.

Pardonner suppose généralement qu'une faute ait été commise, reconnue, et parfois qu'une demande de pardon ait été formulée.

Mais que se passe-t-il lorsque l'auteur des violences ne reconnaît rien ?

Lorsqu'il nie les faits, ne manifeste aucun regret, ne mesure pas ce qu'il a fait ou ne demande jamais pardon ?


Dans certaines situations, demander à la victime de " pardonner " peut alors devenir une injonction supplémentaire.


Comme s'il lui appartenait, à elle, de résoudre quelque chose dont elle n'est pas responsable.


Et cette injonction peut être particulièrement violente pour une personne déjà profondément blessée.


▪︎ Je n'arrive pas à pardonner


C'est une phrase que certaines victimes prononcent en consultation.


Parfois avec culpabilité


▪︎ Je n'arrive pas à pardonner


▪︎ Je suis bloquée parce que je n'ai pas pardonné


▪︎ Je ne guéris pas parce que je suis encore en colère


Cette représentation peut créer une seconde souffrance : après avoir subi une violence, la personne finit par considérer ses propres réactions comme le problème.


Pourtant, la colère n'est pas nécessairement un signe de pathologie ou d'échec thérapeutique


Le dégoût, l'indignation, la colère, le refus de pardonner peuvent constituer des réactions compréhensibles face à ce qui a été subi.

La question thérapeutique n'est donc pas forcément :

Comment vais-je réussir à lui pardonner ?

Elle peut être :

Comment puis-je aujourd'hui vivre sans que ce qui m'a été fait continue à diriger ma vie ?

Ce déplacement est essentiel.


Apaiser la colère ne signifie pas pardonner


Il est tout à fait possible qu'une personne finisse par ressentir beaucoup moins de colère sans jamais considérer que ce qui lui a été fait est pardonnable.


Elle peut ne plus avoir besoin de penser à l'auteur des violences.

Elle peut cesser de chercher des explications.

Elle peut retrouver une vie affective, professionnelle, familiale ou sociale épanouissante.

Elle peut même parvenir à une forme de paix intérieure.

Sans pour autant pardonner


L'apaisement et le pardon ne sont pas synonymes.


Lâcher progressivement l'emprise émotionnelle d'un événement ne signifie pas absoudre celui qui l'a commis.

Le travail thérapeutique n'est pas une réconciliation avec l'agresseur


Dans les situations de violences sexuelles, d'inceste, de maltraitance psychologiques, physiques ou de traumatismes graves, la reconstruction psychologique ne devrait pas avoir pour objectif de réconcilier la victime avec ce qui lui a été fait.

Il ne s'agit pas de rendre acceptable l'inacceptable.


Il ne s'agit pas non plus d'effacer la responsabilité de l'auteur.


Il s'agit de permettre à la personne de reprendre progressivement possession de son histoire et de son présent.


▪︎ Retrouver un sentiment de sécurité.

▪︎ Reconstruire son estime d'elle-même.

▪︎ Pouvoir poser des limites.

▪︎ Ne plus vivre dans la peur.

▪︎ Retrouver du désir, du plaisir, de la confiance.

▪︎ Et surtout, retrouver la sensation que sa vie lui appartient à nouveau.


Peut-on guérir sans pardonner ? Oui.


Il n'existe pas une seule manière de se reconstruire après un traumatisme.


Certaines personnes pardonnent. Pour elles, cela peut avoir une signification particulière et parfois participer à leur cheminement.

D'autres ne pardonneront jamais.

Et cela peut également être compatible avec une reconstruction psychologique profonde.

Il n'y a donc pas à opposer les deux.


Le pardon peut être un choix. Il ne devrait pas devenir une prescription.


Une personne peut décider de pardonner. Elle peut aussi décider de ne pas pardonner. Elle peut changer d'avis. Elle peut ne plus ressentir de colère sans utiliser le mot pardon

Elle peut continuer à considérer certains actes comme impardonnables tout en étant profondément apaisée.

Certaines choses peuvent rester impardonnables


■ La thérapie n'a pas à imposer une conclusion morale à une personne qui a subi une violence.


Certaines choses peuvent être comprises. Certaines peuvent être dépassées. Certaines peuvent être intégrées à une histoire de vie. Certaines blessures peuvent s'apaiser profondément.

Mais cela ne signifie pas que tout doit être pardonné.

La reconstruction psychologique n'exige pas l'effacement de la responsabilité de l'agresseur.

Et surtout, elle ne devrait pas ajouter une nouvelle culpabilité à celle qui existe déjà.

La paix intérieure n'est pas un cadeau fait au bourreau. La paix intérieure n'est pas une récompense accordée à celui qui a fait du mal.

Elle appartient à la victime.

Elle peut se construire avec ou sans pardon.


Le véritable enjeu thérapeutique n'est donc pas de savoir si une personne finira par pardonner.

Il est de savoir si, progressivement, elle peut retrouver sa liberté intérieure et reprendre pleinement sa vie.


Et parfois, cette liberté passe précisément par le droit de dire :

Je ne pardonne pas. Et pourtant, je vais mieux


Commentaires


bottom of page