
Pourquoi l’actualité provoque de l’anxiété ? Guerre, stress, traumatisme transgénérationnel et insécurité psychologique
- valbarrier
- il y a 9 heures
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Depuis plusieurs mois, de nombreux patients, anciens et nouveaux, expriment un malaise particulier face à l’actualité internationale.
Guerres, menaces géopolitiques, tensions politiques, catastrophes, instabilité mondiale… Même lorsqu’elles ne sont pas directement concernées, certaines personnes ressentent une anxiété intense, une inquiétude permanente, parfois difficile à expliquer.
Beaucoup disent ne pas comprendre pourquoi elles se sentent si affectées alors que leur vie quotidienne reste stable et sécurisée.
Cette réaction est plus fréquente qu’on ne le pense, et elle ne relève pas simplement d’une sensibilité excessive ou d’une tendance à l’inquiétude.
En tant que psychologue clinicienne et ethnopsychologue, je constate régulièrement que l’angoisse provoquée par l’actualité s’inscrit souvent dans une histoire plus ancienne, personnelle, familiale ou transgénérationnelle, qui rend certaines personnes particulièrement vulnérables aux contextes de menace collective.
Le fonctionnement du cerveau humain explique en partie cette réaction. Notre système nerveux n’est pas conçu pour être exposé en permanence à des informations alarmantes venant du monde entier.
Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, les dangers étaient locaux, identifiables et immédiats. Aujourd’hui, les médias nous confrontent quotidiennement à des images de guerre, de violence ou de catastrophe sans que nous ayons la possibilité d’agir concrètement.
Cette situation crée un sentiment d’impuissance qui constitue l’un des facteurs majeurs de l’anxiété. Le cerveau réagit alors comme s’il devait se préparer à un danger réel, ce qui peut entraîner une activation prolongée de l’état d’alerte, avec des manifestations telles que la tension physique, les pensées catastrophiques, les troubles du sommeil, l’irritabilité, la difficulté à se concentrer ou le besoin de vérifier sans cesse les informations.
Cependant, si tout le monde peut être affecté par l’actualité, certaines personnes le sont de manière beaucoup plus intense, et cette différence s’explique souvent par leur histoire.
Nous ne réagissons pas uniquement à ce qui se passe aujourd’hui, mais aussi à ce que nous portons intérieurement.
Dans de nombreuses situations, l’anxiété face à l’actualité est amplifiée chez les personnes dont l’histoire personnelle ou familiale comporte des expériences liées à la guerre, à l’exil, à la migration contrainte, ou pas, aux persécutions, aux violences politiques ou à la perte brutale d’un environnement sécurisant.
On parle des traces et des blessures de l'exil
Même lorsque ces événements n’ont pas été vécus directement, ils peuvent laisser des traces durables dans la mémoire familiale.
C'est un essentiel à comprendre pour apprendre à désamorcer l'anxiété.
En ethnopsychologie, on parle de transmission transgénérationnelle du traumatisme pour désigner le fait que des sentiments d’insécurité, de menace ou de perte peuvent se transmettre d’une génération à l’autre, parfois sans récit précis, mais à travers les attitudes, les silences, les inquiétudes familiales ou certaines représentations du monde.
Dans ces situations, l’actualité agit comme un déclencheur. Elle ne crée pas l’angoisse, mais elle réactive une mémoire émotionnelle plus ancienne, qui peut donner l’impression que le danger est proche, même lorsque la situation objective reste stable.
Certaines personnes décrivent alors un sentiment d’insécurité difficile à comprendre sans relecturede leur histoire familiale. Elles savent rationnellement qu’elles sont en sécurité, mais elles ressentent malgré tout une peur diffuse, la sensation que tout peut basculer, l’impression que le monde devient instable ou que l’avenir est menacé.
Elles peuvent craindre de perdre leur maison, leur pays, leur stabilité ou leurs repères, sans que rien, dans leur situation actuelle, ne justifie réellement ces inquiétudes. Ce type de réaction prend souvent sens lorsqu’on prend en compte l’histoire familiale.
Lorsqu’il y a eu dans les générations précédentes des départs forcés, des guerres, des déplacements, des pertes soudaines ou des situations où la sécurité s’est effondrée brutalement, le psychisme peut garder l’empreinte durable de l’idée que le monde n’est jamais totalement sûr.
L’actualité contemporaine vient alors réveiller cette représentation ancienne, et l’angoisse ressentie aujourd’hui peut être liée autant au passé qu’au présent.
Dans ma pratique en ethnopsychologie, je rencontre fréquemment des personnes dont la famille a connu des conflits armés, des migrations contraintes, des régimes politiques violents ou des situations d’insécurité prolongée. Même lorsque ces événements remontent à plusieurs générations, ils peuvent influencer la manière dont la personne perçoit le monde, avec une tendance à l’hypervigilance, une difficulté à se sentir en sécurité, une peur de perdre la stabilité ou une forte sensibilité aux informations internationales. Comprendre ce lien permet souvent de diminuer le sentiment d’incompréhension ou de culpabilité. L’intensité de la réaction n’est pas un signe de faiblesse, mais l’expression d’une mémoire psychique plus sensible aux situations de menace collective.
Un autre facteur important dans l’anxiété actuelle est la sur-exposition aux informations.
Les médias, les réseaux sociaux et les notifications en continu maintiennent le cerveau dans un état d’alerte presque permanent. Or, plus le système nerveux est exposé à des images de danger, plus il reste activé. Chez les personnes ayant une histoire familiale marquée par l’insécurité, cette exposition peut renforcer fortement l’angoisse. Il devient alors utile de limiter le temps consacré aux informations, d’éviter une exposition répétée aux images les plus violentes, de privilégier des sources fiables et mesurées, et de maintenir des activités concrètes, quotidiennes, qui permettent au cerveau de retrouver des repères de sécurité. Se protéger de la surcharge d’informations ne signifie pas ignorer la réalité, mais préserver son équilibre psychique.
Lorsque l’anxiété liée à l’actualité devient envahissante, il peut être utile d’entreprendre un travail psychologique.
Consulter aide lorsque l’inquiétude est fréquente, lorsque les pensées catastrophiques deviennent difficiles à contrôler, lorsque le sentiment d’insécurité persiste malgré des conditions de vie stables, ou lorsque l’on a l’impression que cette peur vient de très loin sans savoir pourquoi.
Le travail thérapeutique permet souvent de relier les émotions présentes à l’histoire personnelle et familiale, et de redonner au présent sa juste place.
L’approche ethnopsychologique s’intéresse particulièrement à la manière dont l’histoire individuelle s’inscrit dans une histoire plus large, familiale et culturelle, et comment certains événements anciens peuvent continuer à influencer la vie psychique actuelle.
Mettre du sens sur ces réactions permet fréquemment de diminuer leur intensité et de retrouver un sentiment de stabilité intérieure.
Nous ne pouvons pas contrôler l’actualité, ni empêcher le monde d’être incertain. En revanche, nous pouvons comprendre pourquoi certaines informations nous touchent plus que d’autres, et pourquoi certaines périodes réveillent des peurs profondes.
Lorsque l’angoisse est reliée à une histoire, elle devient moins envahissante. Elle cesse d’être un danger incompréhensible et peut être travaillée, transformée, apaisée.
Si vous vous reconnaissez dans ce type de réaction, il peut être utile d’en parler avec un professionnel.
L’anxiété face à l’actualité n’est pas une fragilité, mais souvent le signe d’une mémoire psychique sensible, parfois marquée par des expériences anciennes, personnelles ou familiales, qui demandent à être comprises pour que le présent puisse être vécu avec plus de sécurité.




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