Pourquoi certaines personnes sont très angoissées par la guerre alors qu’elles vivent en sécurité ?
- valbarrier
- 15 mars
- 4 min de lecture
Depuis le retour des tensions et des conflits armés dans l’actualité internationale, de nombreuses personnes ressentent une anxiété importante, parfois difficile à comprendre.
Certaines décrivent une peur persistante, des pensées catastrophiques, un sentiment d’insécurité ou l’impression que le monde devient dangereux, alors même que leur situation personnelle reste stable et protégée. Elles savent rationnellement qu’elles ne sont pas directement menacées, mais leur corps et leurs émotions réagissent comme si le danger était proche. Cette réaction peut surprendre, voire inquiéter, et beaucoup se demandent pourquoi elles sont aussi affectées par la guerre ou par les crises internationales alors qu’elles vivent dans un environnement sécurisé.
En psychologie clinique, ce type de réaction est fréquent lorsque l’actualité vient réactiver des peurs plus anciennes, parfois liées à l’histoire personnelle, parfois à l’histoire familiale, et parfois à des expériences transmises d’une génération à l’autre. L’anxiété face à la guerre ne dépend pas uniquement de la situation actuelle. Elle dépend aussi de la manière dont chacun a appris, au cours de sa vie, à percevoir le monde comme plus ou moins sûr, plus ou moins stable, plus ou moins prévisible. Lorsque le sentiment de sécurité intérieure est fragile, les événements internationaux peuvent provoquer une réaction émotionnelle beaucoup plus intense que chez d’autres personnes.
Le cerveau humain est particulièrement sensible aux informations liées au danger collectif. Les images de guerre, de destruction, de menaces ou de violence activent des mécanismes archaïques de survie qui ne font pas toujours la différence entre un danger immédiat et un danger lointain. Le système nerveux peut alors se mettre en état d’alerte, comme s’il devait se préparer à une catastrophe proche. Cette activation peut se traduire par des troubles du sommeil, des tensions physiques, une difficulté à se concentrer, une irritabilité, ou encore un besoin compulsif de suivre les informations pour tenter de se rassurer. Cependant, chez certaines personnes, cette réaction ne s’explique pas seulement par l’exposition aux médias. Elle est souvent renforcée par une histoire personnelle ou familiale marquée par l’insécurité, la perte ou la menace.
Dans de nombreuses familles, il existe des récits de guerre, d’exil, de migration contrainte, de séparation brutale ou de périodes où la stabilité a été profondément remise en cause.
Même lorsque ces événements remontent à plusieurs générations, ils peuvent laisser une trace dans la mémoire familiale. En ethnopsychologie, on parle de transmission transgénérationnelle pour décrire la manière dont certaines expériences traumatiques continuent d’influencer les descendants, parfois sans qu’ils en aient conscience. Des attitudes, des peurs, des représentations du monde peuvent se transmettre sans mots, simplement à travers l’ambiance émotionnelle familiale, les inquiétudes répétées, les silences ou les récits fragmentaires.
Lorsqu’une personne issue d’une famille marquée par la guerre ou l’exil est confrontée à une actualité menaçante, le psychisme peut réagir comme si un danger ancien redevenait possible.
Cette réaction se manifeste souvent par un sentiment diffus que la sécurité peut disparaître à tout moment.
Certaines personnes disent avoir peur de devoir partir, de perdre leur maison, de voir leur vie basculer, alors qu’aucun élément concret ne va dans ce sens.
D’autres ressentent une inquiétude permanente pour leurs proches, une peur de l’avenir, ou la sensation que le monde devient instable et imprévisible. Ces émotions peuvent sembler disproportionnées, mais elles prennent souvent sens lorsque l’on considère l’histoire familiale. Lorsqu’un parent, un grand-parent ou une génération précédente a vécu la guerre, la fuite, la perte d’un pays ou une situation de danger extrême, l’idée que la sécurité peut s’effondrer fait partie de la mémoire psychique transmise.
L’actualité actuelle, avec sa diffusion permanente d’images et d’informations, renforce encore ce phénomène.
Le cerveau reçoit en continu des signaux de menace, sans avoir le temps de les intégrer. Cette sur-exposition maintient le système nerveux dans un état d’alerte prolongé, ce qui favorise l’anxiété, surtout chez les personnes déjà sensibles au sentiment d’insécurité. Limiter le temps passé devant les informations, éviter l’exposition répétée aux images les plus violentes et maintenir des activités quotidiennes rassurantes peut aider à réduire cette activation, mais cela ne suffit pas toujours lorsque l’angoisse est liée à une histoire plus profonde.
Lorsque la peur de la guerre ou de l’avenir devient envahissante, il peut être utile d’entreprendre un travail psychologique.
Consulter permet souvent de comprendre pourquoi certaines informations touchent plus que d’autres, et de relier l’émotion actuelle à des expériences passées, personnelles ou familiales. L’approche ethnopsychologique s’intéresse particulièrement à ces liens entre l’histoire individuelle et l’histoire transmise, et aide à redonner au présent sa réalité propre, sans qu’il soit constamment envahi par des peurs anciennes.
Mettre du sens sur l’anxiété permet souvent de retrouver un sentiment de sécurité intérieure, même dans un contexte mondial incertain.
Se sentir angoissé face à la guerre ou à l’actualité ne signifie pas être fragile. Cela peut au contraire révéler une sensibilité particulière à l’histoire, à la mémoire familiale et aux expériences de perte ou d’insécurité qui ont marqué les générations précédentes.
Comprendre cette sensibilité permet de ne plus subir l’angoisse comme quelque chose d’incompréhensible, mais de la considérer comme un signal qui peut être travaillé, apaisé et transformé dans le cadre d’un accompagnement psychologique.



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